La seconde édition du « HackTaFerme », hackathon à la ferme organisé en août 2019, faisait suite à une série d’événements comparables ayant eu lieu les années précédentes et s’inscrivant dans la dynamique récente d’émergence de l’agriculture numérique. Le principal positionnement distinctif des « HackTaFerme » par rapport aux évènements précédents est le travail effectué pour faire participer des agriculteurs à la réflexion autour de l’agriculture numérique. Dans cette analyse, nous allons montrer qu’un point de vue de sociologie de l’innovation peut contribuer à éclairer d’une nouvelle manière ce qu’implique le développement conjoint de l’agriculture numérique et d’évènements de type « hackathon ».

Ce qu’il faut retenir
L’implication des agriculteurs, une clef du succès des événements. -Dans certains événements, alors que le monde agricole devait être représenté dans son ensemble dans des groupes de travail, la voix des agriculteurs eux-mêmes est parfois principalement entendue par l’intermédiaire de leurs représentants au sein des organisations professionnelles.- Les ateliers avec les agriculteurs ne permettent pas toujours de construire une chaîne directe de l’émission d’une idée par les agriculteurs à sa concrétisation ; cependant le travail collectif avec l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus permet, par la préparation et la reformulation des idées, d’opérationnaliser certaines idées dont les agriculteurs pourront retrouver l’écho au cours du hackathon lui-même. L’objectif et le format du concours, déterminant sur la forme d’innovation recherchée-La confiance en une forme d’intelligence collective est affirmée comme vertu de l’innovation ouverte chez les organisateurs du HackTaFerme là où le DigitAg Challenge opère une sélection de douze équipes déjà constituées par des demi-finales en région.-Est clairement énoncé dans les règlements des hackathons l’idée qu’il faut des démonstrations d’applications qui “doivent inclure une composante « informatique » (développement, code ou programmation) et non seulement une dimension « conceptuelle »”. Le travail concret sur les données, important pour montrer l’innovation guidée par les données– Dans l’établissement des conditions de réussite d’un bon hackathon, il est important d’observer la mise à l’épreuve des projets par les multiples petits dispositifs de valorisation des données;-Un travail pédagogique sur la valorisation des données agricoles est central dans le déroulement des hackathons

API-AGRO hackathon DigitAg Challenge
www.digitag-challenge.fr
HackTaFerme
www.hacktaferme.fr
24 au 26 Février 201730 juin – 2 juillet 2017 (finale)30 août – 1 septembre 2019 (2ème édition)
SAS Plateforme API-AGRODigitAg (IRSTEA) et pôles de compétitivitésActa – les instituts techniques agricoles, coopérative Arterris et Val de Gascogne, CA Occitanie et du Gers
48h de conception et de code pour les équipes dans les locaux de l’APCA, à Paris ; puis pitchs finaux et remise des prix à l’occasion du Salon international du machinisme agricole (SIMA) en région parisienne Pôles de compétitivité (demi-finales régionales) ; puis 48h de conception finale dans les locaux de la FrenchTech à Montpellier (finale)48h de conception et de code dans plusieurs fermes dans le Gers ; Finale à Auch à la foire agricole Gascogn’Agri
Description des événements inclus dans l’analyse

La sociologie de l’innovation a contribué depuis quelques années à établir la centralité d’une réflexion sur les usages et la représentation des collectifs d’acteurs concernés dans les changements technoscientifiques. Dans le monde agricole, l’innovation technologique autour des questions de biotechnologies, de robotique et bien évidemment de technologies numériques a ainsi été questionnée à de nombreuses reprises dans ses modalités et ses évolutions récentes.

Un des problèmes centraux identifiés depuis près d’une dizaine d’années par de nombreux acteurs impliqués dans la R&D et l’innovation en agriculture est la valorisation des données. En décrivant la façon dont se déplie progressivement ce problème de la valorisation des données dans différents évènements de type hackathon et tout particulièrement sur les différentes manières dont il est repris et reconfiguré dans le « HackTaFerme », nous pensons que nous pouvons voir différemment ce qui a été vu par ailleurs vu sous un angle informatique ou agronomique.

Notre travail sera donc d’être attentif à la façon dont des configurations émergent entre :

  1. d’une part, des innovations autour de la valorisation des données et les projets portés par les participants;
  2. d’autre part, une mobilisation variable de différents acteurs dans l’organisation, des événements de type hackathon.

Nous verrons que ces configurations peuvent être étudiées selon au moins trois perspectives :

  1. La mobilisation différenciée des agriculteurs ;
  2. Les dynamiques des projets en compétition dans les hackathons (en termes de formation et d’évaluation des équipes notamment);
  3. Le rapport aux données.

1. Qui représenter et comment mobiliser ?

1.1. Le passage par des corps intermédiaires : l’expérience ImagineAgri et le DigitAg Challenge

Au début de l’été 2017 un hackathon, le « DigitAg Challenge », est organisé à Montpellier à la suite de demi-finales tenues dans toute la France autour de pôles de compétitivité. Ce hackathon fait lui-même suite à un atelier d’imagination créative « ImagineAgri », organisé dans les locaux du ministère de l’Agriculture le 21 mars 2017, ayant permis de faire exprimer dans des groupes de travail des besoins et des idées qui seront repris dans le DigitAg Challenge. Si le monde agricole devait être représenté dans son ensemble dans ces groupes de travail, la voix des agriculteurs eux-mêmes est principalement entendue par l’intermédiaire de leurs représentants au sein des organisations professionnelles. Il faut noter qu’en complément de cette première identification des besoins des agriculteurs, le DigitAg Challenge s’appuie sur une deuxième enquête : un appel à contribution sous forme de questionnaire à destination des acteurs agricoles pour aboutir à des défis encore plus précis auxquels les équipes participantes au hackathon doivent répondre. Mais ce qui caractérise avant tout ce challenge, c’est la mobilisation des pôles de compétitivité afin d’avoir un impact national. Cela s’est traduit par l’organisation des demi-finales du hackathon en région, organisées par différents pôles de compétitivité sur leur territoire.

1.2. Les modalités du lien direct avec les agriculteurs par des ateliers en amont et l’accueil du hackathon à la ferme

Le HackTaFerme relève d’une organisation différente de celle du DigitAg Challenge. En 2018, un premier HackTaFerme est organisé autour de Châlons-en-Champagne par l’Acta – les instituts techniques agricoles en partenariat avec la plateforme API-AGRO et un Terrasolis, le pôle d’innovation du Grand Est. Pour cette première édition, trois fermes accueillent les participants durant 48 heures. Pour l’édition 2019 dans le Gers, le partenariat local implique les groupes coopératifs Arterris et Val de Gascogne et également les Chambres d’Agriculture d’Occitanie et du Gers. Le renforcement de l’implication de ces partenaires représente un élargissement de la démarche d’innovation numérique participative promue par le HackTaFerme.

La matérialisation principale de cette implication est l’organisation d’ateliers-agriculteurs en préparation du hackathon. Les agriculteurs et conseillers agricoles participants aux ateliers préparatoires ne sont pas seulement les futurs hôtes de l’événement. Les groupes coopératifs et les chambres ont cherché à rassembler une diversité d’agriculteurs intéressés par les questions numériques et éventuellement motivés pour partager certaines de leurs données de production. 

La leçon principale des ateliers est la suivante : ils ne permettent pas toujours de construire une chaîne directe de l’émission d’une idée par les agriculteurs à sa concrétisation ; cependant le travail collectif avec l’ensemble des acteurs impliqués dans le processus permet, par la préparation et la reformulation des idées, d’opérationnaliser certaines idées dont les agriculteurs pourront retrouver l’écho au cours du hackathon lui-même.

Ainsi, concrètement, les premières idées glanées auprès des agriculteurs sont retravaillées par Arterris et l’Acta et impliquent parfois l’appel à d’autres partenaires. Certaines de ces idées sont parfois croisées entre elles à un moment de la réflexion en amont du hackathon. Par exemple, non seulement Arterris suggère de contacter un autre partenaire, Orange, pour faire avancer un projet de saisie de données par commande vocale pour améliorer la traçabilité mais, à un stade préliminaire du projet, est proposé le regroupement avec un autre projet de casquette connectée. Les projets ne fusionneront finalement pas. Ce sera le projet de casquette connectée, renommé Vizi-R, qui ira jusqu’au stade du travail de 48h, l’autre projet ne passant pas le stade du pitch initial. Cependant il est intéressant que l’exploitante à l’origine de l’idée de saisie par commande vocale accueille le travail de l’équipe qui porte le projet Vizi-R, dans son exploitation, le temps du hackathon. Et elle participera activement à l’élaboration du pitch final. De la même manière, cette exploitante accueillera le projet Agritraduction (2ème prix au final) qui se veut le Google Traduction de l’Agriculture et qui est une traduction concrète d’une des préoccupations formulées lors des ateliers initiaux : celle de faire communiquer l’agriculteur avec un public non-agriculteur pour améliorer la relation agriculteur/société dont la problématique est relativement marquée dans cette zone avec de nombreux néo-ruraux.

2. Ce qui est promu et démontré, c’est la valeur d’un projet collectif

2.1. La confiance en une forme d’intelligence collective

Dans le HackTaFerme, si nous prolongeons notre attention vers les équipes, nous observons que le choix des porteurs/leaders de projet se fait de façon variable et souple. À l’issue des allers-retours entre les organisateurs et les partenaires, certains projets ont des porteurs bien identifiés qui souhaitent mener leur projet durant la compétition. Pour d’autres projets, l’émergence et la consolidation collective du périmètre du projet n’aboutit qu’en bout de course (parfois quelques heures avant le hackathon) à la désignation d’un porteur. Ces porteurs seront chargés de défendre leur projet au cours d’un pitch inaugural au début des 48 heures du hackathon. C’est seulement à l’issue de ce pitch inaugural qu’un nombre plus restreint d’équipes s’engage finalement dans le concours. La constitution des équipes a lieu informellement à la suite des pitchs et cette étape joue le rôle de présélection des projets par les participants, en fonction de la qualité du pitch, mais aussi des compétences recherchées.

Cette manière de faire n’a pas empêché de construire des équipes pluridisciplinaires (codeur, agronome, compétence business, design…). La confiance en une forme d’intelligence collective est affirmée comme vertu de l’innovation ouverte chez les organisateurs du HackTaFerme là où le DigitAg Challenge opère une sélection de douze équipes déjà constituées par des demi-finales en région.

2.2.L’importance de la dimension démonstrative

Dans le DigitAg Challenge, les douze équipes sélectionnées à l’issue des demi-finales régionales doivent présenter un “pitch” de 6 minutes avec 3 minutes de questions par équipe. Une structure narrative émerge de certains pitchs avec comme séquences incontournables l’automatisation par les données, la description de l’application (mobile ou web), la comparaison avec l’existant et une histoire en lien avec le monde agricole.

Le jury final est composé de la directrice d’un pôle de compétitivité (présidente du jury), d’un chargé de mission d’un autre pôle de compétitivité, de la directrice d’une agence régionale d’innovation, de la directrice de l’incubateur de la Métropole de Montpellier, du directeur de l’incubateur de l’ex-région Languedoc Roussillon, du responsable de l’accélérateur post-incubation du Crédit Agricole, d’un représentant des instituts techniques agricoles et d’une représentante de l’association de gestion et de comptabilité du Midi.

Lors de la remise des prix, la présidente du jury a le discours suivant : « le dénominateur commun des membres du jury c’est une bonne connaissance du milieu de l’entreprise et de l’innovation ». Ainsi, si dans le règlement du hackathon la qualité du pitch est un critère, la grille de notation, sélection et récompense le place en dernier d’une liste qui comprend “la valorisation de données, l’innovation, la faisabilité et la viabilité économique des projets proposés, les compétences des équipes en lien avec le projet.” En effet, ce hackathon ne peut rejoindre les intérêts du jury et des pôles de compétitivité que s’il se détache d’un éparpillement : il ne suffit pas de construire “une plateforme qui fait beaucoup de choses” (présidente du jury), il faut “du projet, du produit, un service”.

Le cas du HackTaFerme est à cet égard légèrement différent. La structure du déroulement est proche avec les pitchs comme finalité et épreuve face au jury. Le jury n’est cependant pas constitué de la même manière. L’orientation « business » est moins dominante avec une optique plus « R&D » revendiquée. Ce qui a été privilégié ici est la représentativité des co-organisateurs (un membre du jury par institution organisatrice + un membre d’un pôle de compétitivité partenaire de l’évènement) et l’implication d’un agriculteur.

Les critères d’évaluation sont eux sensiblement proches. Une caractéristique importante dans l’architecture du HackTaFerme était la volonté initiale de faire deux concours dans un. Un concours « application » et un concours « data science ». Les propositions qui ont émergé et les choix et sélections successives dans la préparation et dans les pitchs initiaux ont cependant conduit à une représentation minime des projets data science (2) qui a conduit les organisateurs à les évaluer conjointement avec quelques critères adaptés pour avoir un classement global. Si nous nous concentrons sur ce concours « application » et son règlement, nous retrouvons de nombreuses similarités avec les fonctionnements des jurys précités. Il faut qu’il y ait une démonstration des fonctionnalités de l’application codée lors des 48h. Cette démonstration est importante pour que le jury se fasse un avis mais aussi en post-event pour valoriser les projets. Plus précisément, les critères d’évaluation sont l’intérêt qualitatif, l’originalité, l’expérience utilisateur, l’ambition et la finition du projet. Les démonstrations, sur la forme, doivent être des prototypes et éventuellement ressembler à des preuves de concept ou à des cas d’usage. Le travail sur le potentiel commercial n’est pas central bien que des retours sur les pitchs concernant la viabilité (notamment économique) des projetssont faits à mi-parcours avec différents membres de l’équipe d’organisation. Ils n’agissent cependant pas comme des coachs explicitement orientés business comme nous pouvons le voir dans un évènement comme le DigitAg Challenge.

In fine, ce qui est clairement énoncé dans le règlement  est que les démonstrations d’applications en particulier « doivent inclure une composante « informatique » (développement, code ou programmation) et non seulement une dimension « conceptuelle ».

3. Comment les données se matérialisent-elles dans le déroulement du hackathon ?

3.1. Dans l’établissement des conditions de réussite d’un bon hackathon : l’épreuve des petits dispositifs de valorisation des données

Pour le HackTaFerme, les organisateurs doivent ainsi rappeler la centralité des données dans le bon déroulement de l’événement. Pour le DigitAg Challenge et le hackathon API-AGRO, le lien avec le projet de portail de données AgGate et la plateforme API-AGRO est très important pour faire sens de ce qui se passe au moment de l’organisation des évènements en termes de rapport aux données. Le DigitAg Challenge regroupe ce qui est à l’époque deux projets plateformes distincts. Le DigitAg Challenge se place dans la filiation et la promotion du projet de portail national de données à vocation agricole AgGate. La plateforme API-AGRO est mobilisée dans le cadre de ce même hackathon, comme partenaire, afin de mettre à disposition des données aux participants. En effet, en l’absence d’une plateforme opérationnelle directement étiquetée AgGate à la date de l’événement, les organisateurs choisissent de s’appuyer sur l’existant avec API-AGRO comme ressource en données pour les participants au challenge. La plateforme API-AGRO et les API (Application Programming Interfaces) qu’elle permet de gérer sont donc centrales dans l’organisation du DigitAg Challenge. La capacité à rendre interopérables des bases de données doit enclencher l’open innovation.

En nous appuyant sur la comparaison opérée par un ingénieur d’API-AGRO entre le hackathon qu’il a organisé lui-même pour le compte de la plateforme API-AGRO et le DigitAg Challenge pour lequel API-AGRO est un “appui technique”, nous pouvons poursuivre l’analyse et observer une série de petits dispositifs qui sont établis comme des épreuves de réussite d’un bon et vrai hackathon (et non un start-up weekend).

En particulier, nous retrouvons une nécessité analogue à celle de produire des projets orientés business, avec la nécessité d’aboutir à des prototypes. Ces prototypes, dans l’expérience du hackathon API-AGRO, doivent être concrets et sont associés à des objets standardisés de développement de produits : les produits minimums viables (PMV). En outre, les logiques qui président à la construction des projets sont associées à un futur où d’autres acteurs devront réagir sur le PMV en question, et cela qu’il s’agisse d’un comité de direction, d’agriculteurs ou de coopératives. Ainsi bien qu’il faille coder et mettre en relation des bases de données grâce à des API, la mise au risque spécifique au hackathon est orientée vers ce PMV.

À la suite, dans l’évènement, l’émergence de différentes manières de faire « comme si » est le point le plus intéressant. Le DigitAg Challenge produit un “comme si” insatisfaisant pour considérer que les données sont rendues réelles. AgGate n’existant pas encore, ce qui fait vivre le DigitAg Challenge ce sont bien plus des appels téléphoniques passés par des participants à des experts identifiés dans leur domaine ou des agriculteurs. Ces appels téléphoniques peuvent être un angle mort dans une analyse des hackathons. La réalité interactionnelle des coups de téléphone n’est pas exactement celle attendue d’une mobilisation réussie des données pour un hackathon. L’accent est plutôt mis par l’organisateur du hackathon API-AGRO sur une série de petits dispositifs circulants caractéristiques des mondes des hackathons que sont les mock-ups ou les cas d’usage. Cela se fait par un processus de réalisation par les calculateurs (également apparues sous le nom de fonctions de calcul) que peuvent être les API en tant qu’elles peuvent simuler un appel de données par les agriculteurs.

Le problème identifié autour du DigitAg Challenge par l’ingénieur d’API-AGRO peut alors être résumé de la façon suivante : les organisateurs sont un pas en amont, ils ne simulent pas nécessairement l’appel de données, ils se disent “si les données étaient accessibles”.

3.2. Dans un travail pédagogique sur la valorisation des données agricoles

Pour revenir à la comparaison avec le HackTaFerme, nous observons dans celui-ci de façon saillante que l’innovation participative par les données est l’objectif premier plus que la perspective de participer à une opération de valorisation de données liée à des plateformes particulières. Ceci n’est pas à prendre de façon péjorative. C’est cependant avec cette clé de compréhension que la description peut être pertinente. 

Ensuite, par comparaison une nouvelle fois, il ressort de ce fait que la place de la valorisation des données agricoles dans les hackathons implique globalement un travail d’organisation et de pédagogie à reprendre en permanence en fonction de l’écosystème de parties prenantes, malgré l’existence d’une exigence souvent commune de représentation des besoins des agriculteurs. Un continuum existe ainsi allant d’un objectif de sensibilisation à l’enjeu des données agricoles par les ateliers chez les agriculteurs (ou non) ou par la participation d’agriculteurs peu numérisés ou de promotion auprès d’informaticiens/codeurs éloignés du monde agricole à la mise en place de chaînes de valorisation de bout en bout partant de la récolte d’idées chez les agriculteurs, au travail intensif de 48h en passant par le choix collectif et concerté au moment de la sélection des sujets… Mettant cependant toujours au centre de l’organisation la confiance en l’intelligence collective.

Ce continuum ne doit pas être pris pour un gradient qualitatif, les deux extrémités (sensibilisation et confiance en l’intelligence collective) peuvent cohabiter au sein d’un hackathon et s’articulent souvent ensemble, en fonction des défis techniques et de la constitution des équipes se succédant à la concrétisation des projets, pour faire émerger progressivement un réel travail pédagogique sur la valorisation des données auprès des différentes parties prenantes. Autrement dit, ce travail pédagogique passant par la sensibilisation ne peut se comprendre sans la mobilisation d’un public, et cela d’une manière singulière, en l’occurrence par la revendication d’une confiance en l’intelligence collective.

Des reconfigurations de l’agriculture numérique par l’innovation participative sont donc bien visibles à chaque événement de type hackathon. Une spécification et un travail sur la valorisation des données sont particulièrement à l’œuvre. Nous avons tenté de montrer qu’il est intéressant de s’orienter dans ces évènements avec quelques repères et catégories d’analyse comme guide : les formes de mobilisation et les modalités de la représentation des agriculteurs ; la confiance en l’intelligence collective et la dimension démonstrative ; les dispositifs de valorisation et le travail pédagogique.

Version du 6 mai 2020

Mathieu Rajaoba, Doctorant au Centre de Sociologie de l’Innovation Mines ParisTech – CNRS.

Contact : mathieu.rajaoba@mines-paristech.fr 

Cette étude a été mené par l’Acta dans le cadre de #DigitAg – Institut Convergences Agriculture Numérique. Il a bénéficié d’une aide de l’État gérée par l’Agence Nationale de la Recherche au titre du programme d’Investissements d’avenir portant la référence  ANR-16-CONV-0004. Il s’est fait également dans le cadre du Réseau Numérique et Agriculture des instituts techniques agricoles, qui s’est transformé en RMT NAEXUS, qui diffuse également cette contribution.

Pour approfondir

  • Sur l’étude sociale des processus d’innovation : Akrich, Madeleine, Michel Callon, et Bruno Latour. 1988. “À Quoi Tient Le Succès Des Innovations ? 1: L’art de l’intéressement; 2: Le Choix Des Porte-Parole.” In Gérer et Comprendre. Annales Des Mines, 4–17. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00081741
  • Un panorama de la recherche actuelle en sciences sociales autour de l’agriculture numérique : Klerkx, Laurens, Emma Jakku, and Pierre Labarthe. 2019. “A Review of Social Science on Digital Agriculture, Smart Farming and Agriculture 4.0: New Contributions and a Future Research Agenda.” NJAS – Wageningen Journal of Life Sciences 90–91 (December): 100315. https://doi.org/10.1016/j.njas.2019.100315.
  • Sur l’innovation technologique dans l’agriculture : Bellon-Maurel, Véronique, et Christian Huyghe. 2016. “L’innovation technologique dans l’agriculture.” Géoéconomie N° 80 (3): 159–80. https://www.cairn.info/revue-geoeconomie-2016-3-page-159.htm

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